Jeudi 1 février = séance Ciné-Club

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Jeudi 1 février = séance Ciné-Club

Jean-Claude Arrougé  ("www.avoir-alire.com") nous propose une analyse très fine =

Xenia a fait partie de la sélection officielle du festival de Cannes 2014 dans le cadre de « Un certain regard ». Un film engagé, courageux et une magnifique ode à l’amour fraternel.

L’argument  : A la mort de leur mère, Dany et son frère Odysseas, 16 et 18 ans, prennent la route d’Athènes à Thessalonique pour retrouver leur père, un Grec qu’ils n’ont jamais connu. Albanais par leur mère, ils sont étrangers dans leur propre pays et veulent que ce père les reconnaisse pour obtenir la nationalité grecque. Dany et Ody se sont aussi promis de participer à un populaire concours de chant qui pourrait rendre leur vie meilleure. Ce voyage mettra à l’épreuve la force de leurs liens, leur part d’enfance et leur amour des chansons italiennes.

Notre avis : Comment dire adieu à sa jeunesse ? Le trublion cinéaste grec Panos H. Koutras répond à sa manière, en réalisant un film autour d’une certaine jeunesse grecque abattue par la crise économique et autres crises existentielles. Koutras s’est intéressé tout particulièrement à ces adolescents apatrides ou étrangers, maltraités par un gouvernement grec aux abois et persécutés par les mouvements nationalistes. 

Jeudi 1 février = séance Ciné-Club


C’est sur cet arrière-fond politique que Panos H. Koutras a réalisé un film engagé et très courageux autour de deux jeunes Albanais en mal d’existence en Grèce, pays où ils sont pourtant nés, d’un père grec les ayant abandonnés sans les reconnaître alors qu’ils étaient encore bébés. Après le décès de Jenny, leur mère, immigrée albanaise, dévorée par l’alcool et devenue chanteuse en Grèce, le jeune Dany, 16 ans (ou, plus exactement, « 15 ans, 9 mois et demi » !), au look néo-punk efféminé, tout en mèches peroxydées, piercing aux oreilles, fringues et bracelets fluos, quitte la Crète pour rejoindre à Athènes son frère aîné Odysseas (Ody) qui, lui, a presque 18 ans.

 Ils sont tous deux fans de chansons italiennes, notamment celles que chantaient leur mère et Pati Pravo, célèbre diva italienne des années 1970. 
Les retrouvailles entre les deux frères sont d’abord difficiles et tendues. Dur, pour Ody et Dany, d’être reconnus et insultés en tant qu’Albanais venant manger le pain des Grecs – et davantage encore comme « pédé ».

 

Au cours de cette épopée, véritable quête initiatique aux multiples desseins, les deux frères se retrouvent dans un hôtel dévasté en pleine forêt. Ils vivent ici pleinement comme deux gamins une complicité qui leur a tant manqué. Cet hôtel appartenait à la chaîne de luxe Xenia, célèbre du temps de la supposée prospérité de la Grèce. Mais Xenia, c’est surtout le mot grec désignant l’hospitalité que chacun doit aux étrangers – un principe majeur de la Grèce antique. 
Le film s’achève – sans se terminer – par la prestation d’Ody à la « Greek star » et les retrouvailles plutôt trashs avec un père supposé. Peu importe d’ailleurs, l’aventure continue…

Le cinéaste a choisi pour incarner les deux frères des comédiens non professionnels, ayant affronté dans leur vie les problèmes évoqués dans le film et bien représentatifs de leur communauté. Il ne pouvait pas en être autrement pour Koutras, qui a par ailleurs la volonté dans ses films de faire jouer ensemble acteurs professionnels et non professionnels : « Pour moi, le casting est un véritable choix politique. » Kostas Nikouli et Nikos Gelia sont absolument époustouflants, ils ont mis tout leur être et leur sincérité dans cette belle odyssée et ses superbes moments d’altérité.

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